Tout nu et disloqué
A cloche-pied dans la mélasse
Il marchait à tâtons sur le chemin sinueux des mots
Comme il marchait depuis longtemps
Et comme il faisait chaud
Il s'était, petit-à-petit
Délesté de ses bagages
Et comme il avait faim
Et comme il était las
Il mangea quelques rimes sorties de son chapeau... hélas !
Au lieu de lui donner des ailes
Elles lui plombèrent l'estomac !
Ma mère, pensa-t-il Elle qui, neuf mois durant
Me couva dans l'antique moule
Que dirait-elle de son fils
Décharné et sale et pauvre ?
Mais alors qu'il marchait
Il vit, en file indienne
D'étranges personnages qui lui ressemblaient, jadis...
Leurs visages étaient recouverts d'une épaisse pellicule grisâtre
Et l'étoffe cramoisie leur collait au corps...
En fait
Ils grouillaient comme des vers
Et comme il passait devant ces gens
Tout nu et disloqué
Décharné et sale et pauvre
Ne suivant aucun itinéraire et délesté de ses bagages
Et bien passant devant ces gens
Tout son corps tout son corps dans un tremblement
Le voilà bondissant
Claquer des os franchir hop une rivière
Rouler sa décharnée dans le dru de l'herbe
Csoin-csoin si bien qu'il devint herbe et dru
Et les fruits à pleine bouche hum le soleil
Dégoulinant son torse
Encore puis il voulut la ville aux chemins de fer
Il l'eut et huma l'alluma
Au feu béquilles et pense-bête
Le fou tout nu et disloqué
Bringuebalant
Décharné et sale et pauvre
Qui boit qui crache et jure et baise
Le fou le fou banda
Empreintes